Voici l' extrait très interressant d'un article paru dans une revue belge qui a pour titre : "Toucher, massage : la relation au bout des doigts" ( d'où le non de l'association) et qui donne une très bonne vue de ce que procure le toucher mais aussi de l'attitude adopté envers une personne fragilisée.

Sa vision du toucher reflète ainsi très bien mon approche sur le massage dont je m'efforce avec passion de transmettre à travers ma pratique et l'association.

image massage"Nathalie Bosman est psychologue et travaille avec des personnes atteintes de la maladie d' Alzheimer ou d'autres formes de démence. Traditionnellement, la parole est considérée comme l' outil de base de la thérapie psychologique. Cependant, dans ses relations avec les patients, elle est régulièrement confrontée aux limites du langage verbal comme outil de soin. Cette expérience l'a conduite à accorder plus d'importance au toucher. Elle décrit sa vision des choses et le cadre de sa pratique.

 


 

...il nous arrive même souvent que repensant à des têtes-à-têtes dont nous gardons une trace profonde, nous sommes dans l'incapacité de nous rappeler des paroles que nousnous sommes partagées : nous étions là, l'autre était là, c'était cela qui était le véritable contenu du partage, sa "communication analogique". Nous avons tous oublié de sa "communication digitale". C'est que notre mémoire archaïque, la plus tenace, garde souvenir de l'affectif de la rencontre, alors que nous n'avons que peu ou rien gardé des paroles échangées. Même le non-verbal résiste souvent mieux qu'elles à l'oubli : tel geste, telle expression du visage, tel regard...

 

... par ailleurs, au début de la relation, j'ignore tout ou presque de ce que j'appelle la culture, l'histoire, les références symboliques, de celui que j'accompagne. Telle personnes appréhende tout geste d'approche comme une menace, alors que telle autre vous prend spontanément la main et la garde entre les siennes. Ma pratique est de tenter, avec précaution, respect et délicatesse, de trouver ce qui peut ouvrir à la communication. En cela, le toucher peut s'avérer un "outil d'accompagnement" intéressant.

 

... le toucher confirme la réalité perçue par les autres sens, notement quand ceux-ci ne sont plus performants. Il est l'une des sensations les plus personnelles et est alors essentiel dans le processus de communication. Il peut devenir, pour la personne soignée, une reconnaissance de son altérité comme personne à part entière.

 

Certains de ces gestes peuvent également prendre la dimension d'un outil d'ancrage des émotions. Le geste du toucher va alors renforcer l'expression esprimée.

 

Je pense à une vieille dame à qui j'avais pris les deux mains dans les miennes, ajoutant à ce geste des paroles d'accueil et de reconnaissance de ce qu'lle était en train de vivre et qui me manifeste son bien-être et son plaisir de cette reconnaissance. Elle se fait avec des mots souvent incohérents pour moi, des mots que visiblement elle ne maîtrise pas. Ils n'en traduisent pas moins les émotions positives qu'elle ressent et c'est tout son être qui me " parle " de ce bien-être.

 

Il ne faut pas perdre de vue que la personne démente reste douée d'affectivité. Le fait de lui tenir doucement la main ou de la prendre dans les bras est une marque d' empathie qui peut aider à capter son attention, amis ausi lui apporter à la fois reconnaissance et apaisement dans un monde dont elle perd peu à peu les repères.

 

Dans toute relation, et à fortiori dans la prise en charge psychologique, tout geste doit s'accompagner de mots, tout geste doit-être "dit" et rtouver sens dans la parole, notemment pour permettre aux émotions de la personne soignée et de la personne soignante de s'exprmer avec respect mutuel.

 

Autres aspect combien important à prendre en compte, c'est d'amener les proches à comprendre cette introduction du toucher dans la démarche thérapeutique et, si possible, à emprunter à leur tour ce chemin de communication avec leur proche désorienté.

 

...tout le monde y sera gagnant, la personne désorienté qui bénéficiera d'un mieux être et les siens s'en sentiront plus rassurés.

 

Mais là encore, il s'agit d'y aller avec précaution. Cela ne pose généralement pas de problème, morsqu'il s'agit de couples. Les choses sont moins évidentes lorsqu'il s'agit d'enfants vis-à-vis d'un parent désorienté. C'est le mot de " ré-apprivoisement " du toucher qui vient alors à l'esprit. C'est en effet toute l' histoire familiale par rapport au corps et au toucher qui entrent en jeu. Elles peuvent s'avérer des clés d'entrée favorables lorsque les expressions corporelles de tendresse ont été chaleureuses et leur histoire positive. Elles risquent au contraire d'être des chemins inaccessibles pour des familles dans lesquelles les sentiments s'expriment peu de cette manière ou lorsque dans leur histoire, les contacts corporels confianaient plus la violence qu'à la tendresse.

 

A mes yeux d'ailleurs, même lorsqu'il n'est pas posé avec l'intention d'exprimer de la tendresse, le geste du toucher doit toujours être posé "avec tendresse".

 

Cette démarche et particulièrement l'introduction du toucher, crée ou contribue à renforcer le lien. Pour que le lien ne conduise pas à la dépendance, il faut rester attentif à la 'juste" distance et à la "juste" proximité. Trop de distance déshumanise la relation mais un lien de trops grande proximité ne permet pas un travail thérapeutique . Comme le souligne Claire Kebers " La distance sans lien introduit l'indifférence. Le lien sans la distance introduit la dépendance. Lien et distance conjugués introduisent l'ouverture de soi à ce que vit l'autre sans être submergé, sans se laisser submerger. Lien et distance ont un trait d'union : le respect de l'autre et de soi-même.

 

Il s'agit donc beaucoup moins de trouver des réponses que dêtre à l'écoute des remous liés aux pertes et aux fragilités dues à la maladie qui s'est installé progressivement. J'essaie donc d'entendre chacun dans sa souffrance, dans son mal-être, dans ses angoisses, dans ses émotions, de le rejoindre dans ses moments de joie ou de tristesse, dans tout ce qui fait et est sa vie.

 

Dans cette démarche de la meilleure écoute possible, le toucher ouvre souvent un chemin qui me permet d'atteindre un niveau de communication entre les personnes désorientées et moi-même, que je n'aurais pu espérer sans lui. C'est en cela qu'il peut être une aide à la relation thérapeuthique."

 

Source : asbl éditions feuilles familiales

 

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